Disparition du professeur Gilbert Lazard

Disparition du professeur Gilbert Lazard

Le professeur Gilbert Lazard, iranisant et linguiste, un des premiers savants à s’être intéressé à la langue tadjike, a disparu le 6 septembre dernier.

Né en 1920, Gilbert Lazard était membre depuis 1980 de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Normalien, agrégé de Grammaire, il avait connu tout jeune – à cause de son engagement dans la Résistance - la terrible épreuve de l’internement au camp de Dachau. Après la guerre, il avait été l’élève d’Henri Massé, spécialiste reconnu de la langue et de la littérature persane, à l’Ecole des Langues orientales et suivait l’enseignement du linguiste Emile Benveniste, qui se passionnait pour les langues iraniennes anciennes. De 1948 à 1951, G. Lazard séjourna en Iran et, après un séjour d’un an à Los Angeles, il devint en 1958 professeur de persan à l’Ecole des Langues orientales, succédant à H. Massé, à qui il succédera aussi quelques années plus tard à la Sorbonne. Il est l’auteur d’une Grammaire du persan contemporain, qui fait encore autorité et d’un remarquable Dictionnaire persan-français. Ce fut aussi un traducteur minutieux et talentueux et ses dernières traductions sont celles des odes (ghazals) de Hâfez et des fameux quatrains d’Omar Khayyam. Ce fut avant tout un linguiste, membre éminent de la Société de Linguistique de Paris, assidu jusqu’à la fin de sa vie à ses séances, où, comme à l’Académie, ses remarques étaient toujours très écoutées. Homme discret et conseiller bienveillant, il était accessible à tous ceux qui demandaient des conseils. Sa disparition représente une perte considérable pour les études iraniennes et pour les chercheurs en linguistique.

De nombreux hommages lui ont été rendus, mais il convient de souligner le lien particulier qu’il avait noué avec le Tadjikistan. Connaissant bien le russe, il était attentif à tout ce qui s’écrivait sur les langues iraniennes. Sa thèse principale portait sur la langue des plus anciens monuments de la prose persane et il s’était penché sur ce que nous apprennent les plus anciens manuscrits, notamment ceux du Khorassan et d’Asie centrale. Sa seconde thèse portait sur les premiers poètes persans, parmi lesquels Rudaki. La langue parlée tadjike l’intéressait et il tenait la langue persane parlée au Tadjikistan en haute estime. Du reste un de ses premiers articles, publié dans la Bulletin de la Société Linguistique de Paris en 1956 porte sur les « Caractères distinctifs de la langue tadjike » : dans cette longue étude novatrice il analyse le système verbal particulier de cette langue et d’autres éléments spécifiques comme les préfixes et suffixes.

En 1958, il eut la chance d’être invité aux célébrations commémoratives de Rudaki à Douchanbé et à Penjikent. Il racontait encore, des années après, cet extraordinaire voyage. Il put nouer à cette occasion des liens avec de nombreux savants tadjiks, avec qui il resta en relation. D’ailleurs en 1960, il participa aussi au 25ème congrès des Orientalistes à Moscou, où il retrouva beaucoup de ces collègues. C’était du reste M. Bobojon Gafurov qui était président du congrès.

Bien des années après, il eut encore l’occasion de préciser dans diverses publications, ses vues sur la langue tadjike ou sur la renaissance du persan sous les Samanides. Comme linguiste, il tenait à se tenir à l’écart des querelles d’écoles ; comme iranisant il attachait une grande importance à la richesse d’un patrimoine littéraire que ses traductions ont fait connaître. Il a contribué, en tous cas, à donner à la langue et à la littérature tadjikes leur place dans les études iraniennes.

Francis Richard

Dernière mise à jour le : 9 octobre 2018
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